L’amour du verbe semble inconditionnel. Mais celui des rythmiques musicales l’est tout autant. Chaque matin, c’est au son du fameux Nantes du groupe de folk américain Beirut qu’elle se lève. Un temps à soi, pour soi, dans une atmosphère cotonneuse où la parole n’est pas encore de mise. Car Monia n’est pas que mots et phrasés. Hormis le fait d’être une adepte du ouïr, elle aime emmagasiner les clichés. Observer, scruter, cligner des yeux pour mieux photographier. Une de ses passions -pas totalement assumées- est de se tenir derrière l’objectif et de se faire toute petite pour rendre hommage aux humain·e·s croisé·e·s du Liban au Maroc, en passant par ses sentimentales marches de l’amphithéâtre du Camp Aïda en Cisjordanie. Elle engloutit les visages, les ambiances, les instants furtifs pour leur offrir l’éternité en souvenir. On pourrait presque croire qu’elle a la mélancolie du présent.
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Monia, c’est la femme, l’activiste, la mère. Bien avant Les Ambassadeurs, elle a créé pour ses enfants des cabanes faites de coussins et de récits dédiées à l’imaginaire. Sa progéniture a pu se délecter de « Loukoum à la Pistache » et s'est retrouvée suspendue à ses lèvres lorsqu'elle se transformait en « Sorcière du placard aux balais » (avis aux nostalgiques des contes de la rue Broca). Terriblement consciente de la rudesse du monde extérieur et des combats à y mener, elle a eu à cœur d’inventer un univers où douceur, chant et amour étaient portés en étendard. Au creux de l'oreille de celleux qu'elle chérit, elle susurre l'histoire d'Adèle et du jeune marin (elle a le sens de la dramaturgie), ou encore les mots d'une autre, ceux de Teri Moïse, chanteuse d'origine haïtienne :
"Oublie tes erreurs et tes peurs
Je les efface
Et chaque faux pas que tu feras
Je tomberai à ta place
Mon seul plaisir sera de t'offrir une vie idéale
Sans peine et sans mal
(...)
Que tous tes amours soient sûrs
Tes amis sincères
Pour toi un domaine
Où la haine est la seule étrangère
Je ferai un monde où tout ira bien
Tu seras jamais seul, tu manqueras de rien"

D'elle finalement, elle ne livre que peu de choses. Son passé déborde d'histoires et quand elle vous en raconte une, vous pourriez croire qu'elle est encore dans sa cabane imaginaire. Mais tout est vrai, digne d'un livre, qu'elle devrait un jour écrire. Celle qui n'a jamais eu de petit carnet à cadenas inscrit ses victoires et ses failles sous son épiderme, ou même dessus. Monia, c'est la solitude d'une adolescente qui s'assied sur les hauteurs de la Place Poelaert pour observer le monde-capitale; la même qui des années plus tard, casque vissé sur la tête, tente de garder en mémoire les odeurs et les visages de Palestine, depuis les marches de l'amphithéâtre du Camp Aïda, à Bethléem. Monia, c'est le brin de folie, celle pour qui rien (mais vraiment rien!) n'est impossible. Monia, c'est l'humain, avant toute chose.
Monia, c'est aussi la leader, le 8 de l'énéagramme, la (faussement) dictatrice qui se sait, celle pour qui "il y a la règle et l'esprit de la règle". C'est celle qui voudrait que son nom soit dans le dictionnaire, alors qu'elle est déjà dans l'histoire de vie de tellement de jeunes Bruxellois·es.

Son rêve ultime ? Bâtir une maison-école. Un lieu d’apprentissage où le vivre ensemble, la curiosité et l'engagement seraient les maîtres-mots. Un espace où ses appétences de pédagogue seraient assouvies, où les jeunes ne seraient pas livré·e·s à un système, mais seraient le système lui-même; créateur·rice·s de leur propre formation, au gré de leurs envies.
Tout cela, ce sera avant de vieillir et d’accumuler assez d’années au compteur pour se choisir un havre de paix avec son frère : « On aime se dire qu’on sera les meilleurs colocataires de maison de retraite, se stimulant l'un l'autre pour garder notre mémoire et notre esprit vif. Ma soeur est bien plus qu’un simple repère pour moi, bien plus qu’une partenaire intellectuelle. Elle m’élève ! »
