"Bienvenue au Sénégal, pays de la teranga" C'est par ces mots que nos Ambassadeur·rice·s, et à vrai dire n'importe quel·le touriste qui atterrit à Dakar, sont accueilli·e·s en terre sénégalaise. Et comme le précise Ilyas B., un des participants, "la teranga [qui signifie hospitalité], ce n'est pas du branding, on a senti que c'était une vraie valeur qui s'invite partout."

Près d'une quinzaine de jeunes bruxellois·es ont fait le voyage pour participer au projet "Sutura" (qui, en wolof, "désigne un principe moral fondamental de discrétion, de pudeur et de protection de la vie privée"). Leur objectif : découvrir, au fil des rencontres et des visites, comment se vit et se raconte la traite noire subsaharienne par l'Occident, mais aussi -et surtout- par le Maghreb. Pour Ilyas, ce projet était attirant et intéressant pour plusieurs raisons. "J'ai toujours eu une sorte de fascination par rapport à ce pays. Je me rappelle voir un match de coupe du monde à la télé, quand j'étais petit. Le Sénégal jouait, et perdait allègrement. Mais dans les tribunes, les caméras faisaient des gros plans sur des supporters au large sourire, en train de danser et de fêter la présence de leurs Lions sur le terrain. En tant qu'enfant, ça m'avait émerveillé."
Et puis il y a le sujet de la traite, et ça, ça l'interpelle. "Il y a toujours eu un tabou dans ma communauté [maghrébine]. Il y a un racisme intériorisé envers les gens d'origine africaine subasharienne, que ce soit par des réflexions ou des comportements. J'avais envie de comprendre l'origine de ces discrimination, d'explorer le sujet de cet esclavagisme."
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Pendant près de deux semaines, nos Ambassadeur·rice·s ont parcouru ce pays d'Afrique de l'Ouest. De Pikine à M'bour en passant par l'île de Gorée, iels sont allé·e·s à la rencontre de gens et de lieux qui auraient pu (ou dû) leur permettre de mieux comprendre ce passé esclavagiste. Mais assez vite, iels vont se rendre compte que les Sénégalais·es elleux-mêmes sont très peu renseigné·e·s sur le sujet. "Lorsqu’on a interpellé nos interlocuteur·rice·s sur le sujet de la traite subsaharienne, il est apparu que celle-ci avait duré bien plus longtemps que la traite européenne. Pourtant, de nombreux Sénégalais·es ne semblent pas réellement informé·e·s de ce qui s’est passé. On a ressenti un certain tabou autour de la traite arabe. Le Sénégal étant un pays majoritairement musulman, il peut être délicat d’aborder un sujet impliquant d’autres sociétés ou puissances musulmanes, ce qui pourrait constituer une piste d’explication. Mais c'est juste une supposition."
Les Ambassadeur·rice·s précisent que personne n'était fermé à la discussion, mais qu'iels n'ont pas toujours obtenu des réponses claires à leurs questions. Il semble en effet qu’il existe encore peu d’espaces de discussion et de ressources accessibles sur la traite arabe, contrairement à la traite européenne ou occidentale, beaucoup plus documentée et débattue.

Quoi qu'il en soit, Sutura a permis à ces jeunes de rencontrer d'autres jeunes. De discuter en toute bienveillance, de profiter de la lumière d'un peuple incroyablement accueillant, de s'adonner ensemble à la lutte ou au foot sur une plage, et même, de faire table rase du score final de la dernière CAN. Comme quoi, tout est possible !