À celle qui, dès petite, écrivait des chansons qu’elle ne chantait pas. À celle qui chantait des chansons qu’elle n’écrivait pas.
Quoi qu’elle aurait pu être créditée de celle-ci :
Nous on fait l’amour on vit la vie
Jour après jour nuit après nuit
À quoi ça sert d’être sur la terre
Si c’est pour faire nos vies à genoux
On sait que le temps c’est comme le vent
De vivre y’a que ça d’important

À entendre les siens, tout ce serait joué dès l’enfance.
Couvée d’amour, elle a pu se penser comme elle le voulait.
Jouer à la caissière ou à la maîtresse d’école.
Se rêver bouchère la semaine et accordéoniste le week-end... (No judgement)
Un métierama à elle seule !
La bougeotte aux pieds, elle a bien dû les suivre et en parcourir des ailleurs.
Nantes, Paris, Hongrie, Slovénie, Vietnam, Beyrouth, Italie, Australie, Arts-Loi…
Qu’importe le décor tant qu’elle peut enlacer le monde, comme si elle voulait redistribuer l'amour reçu en quantité.
Finalement, elle optera pour le maniement des mots et la transformation de la matière brute en beau.
Ça sera journalisme !
Armée de créativité, elle a su mettre son talent au service des causes qu'elle défend
Par les ondes, par l’écrit, tant que ça bouge, tant que ça dit, tant que ça relie.
Et allez savoir pourquoi, avec un tel CV, la voilà déboulant dans nos locaux. L’aisance, l’humour, la petite robe d’été, tout lui allait bien.
Elle était là, à l'entretien, installée sur ce fauteuil, et pour chacun·e d’entre nous, elle y était depuis toujours.
Elle est arrivée comme elle repart... le cœur chargé.
Elle est arrivée comme elle repart… Non, c’est impossible, au vu de tout ce qu’elle nous laisse.
Nulle référence au bordel de son bureau qui fait office d’œuvre d’art concurrentielle aux tours de Jenga et dont les tasses de thé entamées, mais jamais terminées, viennent raconter qu’ici elle s’est sentie comme chez elle.

Je dis "elle" depuis le début, pcq j'hésite.
Josiane pour nous, Chatoune pour Ben. La voilà affublée de surnoms dont je ne suis pas pleinement certaine de son consentement. Optons par prudence pour Laurianne,
Laurianne donc, nous parlons de ce qu’elle a laissé, déposant par-ci par-là ces bouts de soleil qui l’animent.
Accompagner les jeunes dans leurs premiers pas, premiers mots journalistiques, Soleil.
Soutenir les chargées de projet en faisant le récit de leurs aventures , Soleil.
Créer des espaces de débats intergénérationnels ou intersectionnels, Soleil.
Faire entendre sa voix et celles de tant d’autres, Soleil.
Alléger la lourdeur de nos tâches quotidiennes par des blagues potaches, Soleil.
S’assurer de la pérennité de ce qui fut dit, Soleil.
S’assurer de la réalisation de ce qu’on s’était promis, Soleil.

Vertiers, Réciproque, Adoua, Parresia, El Herri, Amâna, Haut Sebaou. N’y voyez aucun intrus… que des batailles d’invisibilisé·e·s pourtant hautement gagnées. Certes elle ne fut pas de toutes, mais tout de même de beaucoup.
Laurianne, lumineuse archère.
Un soleil en bouclier.
Un soleil qui la suit comme son ombre.
Même les plus ardents d’entre eux ont leur brûlure. Il arrive alors que la patience et le sourire, offerts sans compter, se raréfient. Rentrer chez soi avec en prime cette culpabilité qui cisaille toute guerrière.
Faut dire qu’une domptrice de licorne, un preux chevalier et un amoureux ivre de ses yeux la réclament.
Faut dire que toute une tribu élargie : sœurs, amies, parents, toute une bande rivale à la nôtre, s’impatientent de la voir plus.
On les comprend.
On comprend d’autant mieux son souhait de nous quitter.
Mais comme le soleil, elle ne disparaît pas vraiment, se couchant pour les un·e·s, s'éveillant pour les autres.
Et nous, cœurs serrés et sourires rassasiés, on va la regarder partir sous un ciel de fin de cycle, rosé de paillettes et de legging léopard.
